
Il est difficile à un peintre de devoir échanger ses pinceaux contre la parole ou la plume pour expliquer ce qu’il fait. Pas qu’il le fasse mal ou ne sache le faire, mais il y a là un double travail au quel il répugne devoir se soumettre. D’autant que c’est une tache d’habitude dévolue aux critiques d’art.
Mais sous des cieux où règne la confusion et l’éparpillement des efforts, faute de visibilités, de publique attentif et soucieux de l’écho de son image. Il vaut mieux peut être tout faire soit même, quitte a déplaire.
Aussi le peu de scrupules de nos chroniqueurs et critiques d’art y est pour beaucoup dans le retard qu’accuse notre domaine des arts et la créativité en général.
Si non aux débuts des années soixante les (maghrébins) avait déjà acquis une telle force de créativité qu’il leurs fallait si peu d’encouragement pour percer à l’échelle mondial.
Et il est bien dommage pour nous tous que ces tristes critiques aient étés à l'œuvre et qu’ils n’aient rien vue leurs passer sous le nez.
Ils furent empotés à un point qu’il vaut mieux ne pas en parler, car ils ont fait preuve d’un tel manque de professionnalisme et de discernement, que nous nous retrouvons avec quarante années de retard. Mais pour être plus juste j’en veux aussi à nos artistes d’avoir manqué d’envergure pour ne pas avoir su prendre leurs sorts entre leurs mains. Et que par excès de narcissisme survenu trop tôt, avoir séparément choisi de faire chacun de son coté cavalier seul. Leur avènement n’était pas prêt, et ils y sont passés à deux doigts.
Depuis longtemps en autodidacte j’ai discipliné ma main au dessin, aux proportions du réalisme, et me suis rassasié des diverses techniques, matières et styles de la peinture, remontant son histoire des origines à nos jours.
Au tout début des années quatre vingt j’était à me chercher un style propre, et à ce stade ni en aucun autre je n’ai étais plus séduit par un style qu’un autre que j’aurais été amené à imiter ou à suivre.C’étaient leurs expériences qu’ils avaient vécues, accompagnés et savais que mon optique différait.
Au Maroc nous sortions à peine d’une très longue période ou la représentation sous toutes ses formes était bannie, et où même la philosophie de l’esthétique se résumait à l’austérité de l'ascétisme, c’est a dire à pratiquement rien.
Le monde entre temps avait changé beaucoup trop vite.
Mais par concours de circonstance nous conservions un seul avantage. Celui de l’observer dans sa précipitation effrénée de l’extérieur et d’éviter ses possibles lacunes.
Reprenons la situation d’un autre angle, notre société avait trop longtemps vécu l’absence d’image pour admettre que ses artistes lui infligent le luxe incongru de l’abstraction.
Puis au titre d’absence d’images, nos contrés regorgeaient de matières et de formes qui nous interpellaient. L’élément humain lui-même mérite notre intérêt.
Pour tous les traiter sans utiliser de méthode établie, il restait à créer autrement.
Ce qui me conduisit à cette vision prismatique tri dimensionnel, mi abstraite mi figurative, particulaire et attachante à la quelle je suis resté fidèle et n’ai développé que la procédure constructive et la technique du brossé, quelques années plus loin.
A cette étape je commençais à m’intéresser à la peinture marocaine, pour la curiosité de savoir ce qui s’y faisait.
Nous étions en plein années quatre vingt, et les peintres (maghrébins) en vogue à l’époque étaient bien ceux de la génération qui a commencé à exposer au débuts des soixante, donc ils avaient un sacré patrimoine et avance et rien que pour cela, le détour valait de regarder leur travail.
Ils avaient tous fait beaucoup de recherches pour apporter de la nouveauté, et pour les plus en pointe ils s’étaient comme prématurément arrêté à un compromis d’abstraction où régnait la profusion et la richesse de la matière, qui ne se différencier de l’un à l’autre que par la nature des compositions ou la tonalité et les choix des couleurs.
Sans doute parce que s’était la mode à ce moment où la peinture dans le monde connaissait déjà une stagnation et que pour ne pas se dépareiller du reste ils en étaient restés là.
Je parle de l’allure générale des tableaux, cet aspect que retient le regard, du premier coup d’œil embrassant l’ensemble et que j’appelle : « l’eau » de la toile.
Mais à bien y regarder on voyait se détacher des aplats de couleurs une projection de débris de lignes qui ne devaient pas être venues là par hasard, même si ce phénomène restait assez discret plutôt que timide par rapport à l’importance de la surface des tableaux, il n’en demeurait pas moins présent et persistant chez la majorité des artistes et sur toutes les toiles.
C’est l’importance de ce détail, qui avait échappé quinze ans plutôt aux critiques. Et qui me mis sur la voie.
Ce n’était pas q’un simple détail, c’était un témoin furtif peut être, mais assez révélateur de signes avant coureurs.
Cet amas de lignes brisées apparaissait partout, tantôt vibrant de zig zag chez les uns, comme : Abdellah HARIRI. Hassan SLAOUI de Fes. Mohamed KASSIMI et EL H’BOULI de Méknes.
Subdivisant les éspaces par des lignes qui s’entre coupent chez d’autres tel : Abderrahman RAHOUL et Mustapha HAFID de Casa blanca. Saad SEFFAJ de Tétouan.
Ou se réfugiaient dans un coin sous forme de symboles indéchiffrables, lorsqu’ils ne prennent pas simplement l’allure de lettre alphabétique éclatées comme chez, Mohamed HAMADI de Casa blanca. Mohamed CHEBAA de Tanger.
Ou carrément étalés sur toute la surface en monogramme de lettres indéchiffrable, dans le cas de : Abdelkebir RABII de Boulmane
Si non ils prennent une réelle liberté d’aisance et se promènent allégrement pour façonner l’ensemble de la toile dans un déhanchement ondulé de haut en bas chez Fouad BELAMINE, Abdellah FAKHAR. Aziz ESSAYED d’oujda
Ou horizontalement chez Farid BELKAHIA de Marrakech et Mohamed MELEHI d’asilah.
Je le répète et ne le dirais jamais assez les critiques qui avaient couvert leurs expositions ou remplie les pages des livres, catalogue, et brochures faisant état de ces oeuvres avaient épuisé les mots qui leurs parurent platement élogieux sans jamais être allés au delà du vernis qui devrait recouvrir ces toiles.
Alors qu’il leurs aurait suffi de s’interroger et de jeter un regard d’ensemble sur la tendance de la période, plutôt que la critique supposé artistique traitant du cas par cas.
Aujourd’hui encore le monde de la peinture marocaine subit les conséquences désastreuses de cette méprise et paye en sa chaire le manquement au devoir des serviles critiques qui s’étaient empressés, tout en prenant beaucoup de gant, à les emplâtrer dans la vision des orientations culturelles des politiques d’alors, au quels ils se sont tant évertuer à rester adepte…
Au lieu de mettre tous, noblement leurs talents au service de l’art absolu, qu’ils sont supposés servir !
Et de nos jours encore il n’y à Pas un peintre qui ne soit offusqué, timoré de leurs méconduite qui mena au découragement prématuré et le blocage des premiers soubresauts de l’innovation au sein de la peinture (maghrébine) et causa le dépit de toute une génération qui avait en charge la mission de servir de pont à l’avènement de la vraie créativité en Afrique nord occidentale.
Pour ma part qui étais sincèrement motivé par ces recherches et analyses, je ne pouvais manqué de pressentir dans leurs ouvrages la présence d’un message énigmatique intéressant qui nous interpellait.
Il y avait là de quoi s’acharner et persister à vouloir discerner, comprendre les motivations qui donnent naissance à l’apparition de ces signaux, puisque la chose n’était consignée nulle part.
Le fond abstrait de leurs peintures restait commun et ne m’apportait rien, puisque cela ne correspondait pas à mon inspiration. Par contre ces traînés de pinceau, perdus isolés dans l’espace, exerçaient sur moi une fascinante attraction plus que magnétique, et répondaient à quelques chose de profondément ancré en moi que j’avais l’envie et le besoin de détacher pour compléter ma vision.
Il a suffit que je regarde ce qui s’est enchaîné en suite comme nouveauté dans la peinture, pour constater que les jeunes peintres montant courant quatre vingt, s’étaient jeté comme des assoiffé, justement sur ses symboles, sans les digérer et ont en fait des tableaux ou nageait en surface des agrégats de lettres de l’alphabet arabe, plus au moins définis dans des compositions qui se voulaient sans construction intelligibles de mots.
L’effet ne manquait pas de sens artistique, mais s’apparentait à la calligraphie qu’à la peinture.
Le plus remarqué est que ce genre se soit répandu entre l’Afrique du nord et en moyen orient, ou vis versa. Et on a vu se reproduire la même tentative quasi simultanément au Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Palestine, Liban, Syrie, Irak, et pays du Golfe.
La mode éphémère s’éteignit rapidement d’elle-même car elle n’apportait rien à l’art, si non le fait de balader des lettres alphabétiques coloriées en dehors de leur cadre habituel.
Ce qui était vrai dans un sens pour l’art et la peinture en particulier, mais ne l’était pas forcement pour celui qui doit observer l’évolution de l’art, puisque pour nous c’était une expérience très lourde de sens, même si avortée prématurément.
Cette fois j’avais terminé de tirer les bonnes conclusions pour finaliser la texture de mon intuition.
Ce que nous hurlent ces tableaux depuis près d’un demi siècle de manière détourné, par le biez des bribes de lignes épars çà et là aux travers des œuvres, est le périlleux souhait qu’ont nos artiste de nous jeter à la face l’emboglio inextricable des nœuds qui pèsent sur leurs conscience et qu’ils nous délivre en bloc à autopsier.
Et il s’en est même trouvé des plus claire, pour aller jusqu’à saupoudrer sur leurs toiles des lettres pelle mêle, comme sortie d’une boite qu’on déverse, pour bien nous indiquer combien ces lettres ne sont au fait que segments et fragments de ligne, modeler dans une forme que les hommes ont bien voulu leurs donner un jour.
Et que pour entrer dans l’univers de la beauté absolu, elles devaient être désacralisées, extirpées du cadre cérémonieux et rendu à leur dimension de fragments.
Que conservé en pavé de texte, soumis à la contemplation à longueur du temps, n’ouvrait en rien nos sens à la création. Ni pouvait invariablement les hisser en icône in détrônable de la philosophie de l’esthétique.
De sorte que pour nous aérer les yeux, notre regard avait besoin du chatoiement joyeux de lignes in verbeux et de couleurs.
Qu’en éclatant cet imbrication de signes, les sortant du carcan qui les englue et pulvérisant du même coup sa géométrie étriquée lassante de répétition figé en deux dimension.
On ré libérerait la ligne qui constitue les projections visuelles naissantes en nos esprits.
Et à la quelle on restituerait pour son expansion, les vastes champs originel d’espace à trois et quatre dimensions.
Où elle doit en permanence baigner, mu par notre vision.
Et laisser fuser la flamme féconde de notre imaginaire, voguer légère de l’aisance de l’air, selon les mouvances pour générer l’image temporelle de l’époque que nous traversons.
Ceci est le message qu’on peut toujours deviner entre les coups de pinceaux de ces artistes, à qui je resterais reconnaissant de m’avoir mis sur les traces de la ligne, qui constitue aujourd’hui l’élément principale de la construction de toutes mes œuvres.
Je regrette aussi pour eux qu’ils n’aient pas dépassé le stade de la suggestion, du sous-entendu et avoir manqué l’occasion de placer clairement cette ligne à la place qui lui revient en en faisant un vrai style distinct assez tôt.
Toujours est il que celui-ci existe depuis quatre vingt neuf, année de ma première exposition le consacrant à Tanger.
Aux incrédules et ceux qui ont besoins de la reconnaissance des autres pour commencer à croire en eux. Je dis que l’art et la culture sont œuvres d’artistes qui fonts sans attendre qu’on le leurs demande.
ISSIWANE
Le vendredi 18 février 2005 à Tanger
E mail: issiwane@msn.com
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